La preuve par l’expérimentation : Démocratiser la monnaie avec le revenu de base ? Bien sûr ! Surtout par création monétaire !

Préambule :

Rappelons d’abord quelques vérités sur l’origine des euros dans notre poche.

1 : C’est la Banque Centrale Européenne qui crée nos billets et le traité de Lisbonne lui interdit de prêter directement aux Etats comme le faisait la Banque de France quand on voulait investir. Désormais, tout passe par les banques privées qui non seulement décident à qui elles veulent bien prêter mais surtout qui priorisent les intérêts de leurs actionnaires à toute considération sociale ou environnementale. Depuis peu, petite entorse, la BCE prête également aux grosses entreprises pour qu’elles créent des emplois… qu’on attend encore…

2 : La création monétaire n’est plus basée sur un stock d’or, elle est illimitée, « magique » comme dirait l’autre. Quand vous faites un prêt, la BCE crée les euros, les prête à la banque privée qui vous les prête. Quand vous avez remboursé, l’argent du prêt est détruit et vos intérêts… vont dans les poches de la banque privée. C’est ce qu’on appelle « l’argent-dette ».

3 : Et comme aujourd’hui la BCE prête à des taux en-dessous de 0, elle paye les banques privées pour qu’elles veuillent bien nous prêter et stimuler l’économie… Mais les 2.000 milliards que la BCE a créés depuis le début de la crise Covid n’ont pas ruissellé comme prévu. Ils sont essentiellement allés grossir les bulles spéculatives, ces grosses poches d’argent bloqué qui vident l’économie réelle et provoquent un manque de liquidités. Les conséquences sont  dramatiques car on ne peut plus échanger, payer le travail… ou même simplement se loger ou manger.

Les Etats malins en profiteraient pour s’endetter plus, investir, construire, former, financer la recherche, améliorer les services publics, amorcer la transition écologique … ce qui créerait des emplois utiles, réduirait les inégalités et préparerait un avenir durable… Mais non ! Nos gouvernants nous promettent l’austérité et endettent le pays pour payer des intérêts honteux… qui vont remplir les poches déjà pleines et inutiles. Pour repères, entre 1970 et 2016, la France a payé 1800 milliards aux banques privées, juste en intérêts ! Dans les années 80’, la dette de la France s’élevait à 200 milliards et elle serait payée si le prêt était à taux 0 mais à cause des intérêts, elle s’élève aujourd’hui à 2.800 milliards !

Les banques privées spéculent donc sur notre PIB (Produit Intérieur Brut) et influencent nos gouvernants pour défendre leurs intérêts, aux dépens de nos vies.

Rappelons ici qu’un Etat n’a pas la même logique que notre ménage, une politique de grands travaux relance l’économie, améliore les infrastructures et le niveau de formation de la population : ça s’appelle un investissement, pas un coût.

4 : Pour finir, trucidons un épouvantail souvent agité : l’inflation. L’inflation consiste à créer plus d’argent et suit normalement notre accroissement démographique et productif. Quand elle est raisonnée, elle est donc saine et nous permet d’échanger et d’investir. En plus, elle réduit les inégalités car elle enrichit les plus pauvres (hausse des salaires et des minima sociaux) et réduit la valeur des grosses poches.

Enfin, vu les masses monétaires en circulation, on est très loin du risque d’inflation dangereuse et des brouettes de billets pour payer son pain. Notre plus grand risque aujourd’hui est la déflation, à cause des masses monétaires bloquées par les très riches et qui créent un manque de cash qui lui-même empêche nos échanges. Un comble dans notre société riche, efficace et avec un bon niveau de formation.

Si vous avez réussi à suivre tout ceci, vous pouvez maintenant comprendre la puissance de ce levier si on le démocratise en finançant un revenu de base : la création monétaire !

Sinon, regardez sur internet, plusieurs blogueurs.ses ont réalisé des vidéos très claires sur le sujet (1)

Et le Revenu de Base dans tout ça ?

La plupart des versions s’appuient sur un financement par redistribution : prélèvements fiscaux, Impôt sur le Revenu, TVA, taxes diverses… Quelques-unes développent les biens communs, les services publics et les gratuités. Mais il est aussi possible de financer le Revenu de Base par création monétaire.

On voit en Namibie par exemple, que l’injection de liquidités dans une expérimentation favorise la relocalisation de l’argent et multiplie les échanges économiques locaux : après un an et demi de versements aux 1000 habitants d’un village, on a remarqué une hausse de 300 % de la masse monétaire en circulation et le revenu par habitant a augmenté de 29 % (sans compter les sommes versées par le revenu de base lui-même) alors que le chômage diminuait de 45 à 60 %. On retrouve des effets similaires en Ouganda avec +50 % de revenu par habitant et en Inde où l’épargne a été multipliée par 3.

La preuve de l’effet d’investissement : la distribution directe d’argent aux citoyens « ruisselle » des individus au collectif et stimule les activités, la production, la répartition des richesses… un vrai cercle vertueux !

La monnaie hélicoptère ou le QE4P

En 2015, 19 économistes européens adressaient une lettre ouverte à la BCE pour que les 80 milliards créés chaque mois pour les banques privées soient versés directement aux citoyens : cela reviendrait à nous verser environ 150 euros mensuels. Ce dividende européen réduirait les inégalités entre citoyens et entre pays, et surtout alimenterait l’économie réelle et réduirait les dettes. Ceci est rendu possible grâce à un flou juridique dans le fameux traité de Lisbonne (article 123). Mario Dragi a répondu : « Intéressant mais pas à l’ordre du jour »… à suivre sur le site Positive Money qui promeut le Quantitative Easing For The People (2).

A suivre aussi, les effets de la politique monétaire du président américain Joe Biden qui, en mars 2021, a fait voter par le Congrès un plan de relance de 1 900 milliards de dollars avec distribution de chèques de 1 400 dollars à 90 millions d’Américains, comme au printemps précédent.

L’Euro-franc et la Valeur-Temps

A l’échelle française, un économiste, Yoland Bresson, s’était penché sur la Valeur-Temps : l’idée que le temps libre est une richesse et que chaque citoyen doit en avoir quelle que soit son activité. Lui verser un revenu de base revient donc à lui offrir du temps libre (3). Comme mesure transitoire pour changer le système, il a proposé la création d’une monnaie nationale, en parallèle à l’euro qui resterait la monnaie commune aux Etats membres. Ainsi, la Banque de France pourrait créer chaque mois 150 euros-francs pour chaque citoyen.ne qui ne pourrait les dépenser qu’en France, hors immobilier, actions et obligations, et sans conversion possible avec l’euro pour éviter la spéculation. Cela permettrait de relocaliser une partie de nos dépenses sur le territoire français tout en restant compatible avec nos partenaires européens.

Cette idée a été reprise par le parti Nouvelle Donne (ancien Collectif Roosevelt) à l’élection présidentielle de 2017.

On pourrait comparer ce projet avec l’expérimentation réalisée en Corée du Sud où un gouverneur a distribué une monnaie locale à tous les jeunes de 24 ans de sa province l’équivalent de 190 euros par trimestre. Cela a permis de relocaliser leur consommation (hausse de 45 % des ventes des commerces locaux), d’améliorer leur vie sociale… et l’opinion publique sur le revenu de base D’ailleurs ce gouverneur se présente pour les élections présidentielles prochaines et espère bien en faire son cheval de bataille pour le généraliser à tout le pays.

La Monnaie Locale Citoyenne et TERA : Tous Ensemble Vers un Revenu d’Autonomie

Il existe beaucoup de monnaies en circulation, même si elles ne portent pas ce nom. Par exemple, les « grains » dans les Systèmes d’Echanges Locaux dans lesquels 60 « grains » récompensent 1h de travail dans le réseau de confiance. Les tickets restaurants sont aussi un moyen d’échange parallèle avec orientation de la consommation vers certains produits ou services.

On trouve aussi des monnaies comme le WIR en Suisse qui permet à des entreprises d’échanger entre eux sans passer par la monnaie centrale. La Métropole Européenne Lilloise d’ailleurs, a lancé un projet similaire pour mettre en réseau 200 entreprises locales.

Tous ces moyens permettent de gagner un peu de liberté pour échanger des biens et des services mais elles restent restreintes et ont peu d’impact sur le système général.

Les Monnaies Locales Citoyennes, elles, ont une plus-value sociale et écologique car les entreprises impliquées doivent répondre à des critères choisis démocratiquement. Pour rappel, chaque unité en circulation est garanti par un euro bloqué sur un compte en banque et elle circule dans un périmètre local comme un bien commun. Voyez le film La Monnaie Miraculeuse ou les documentaires sur le SOL Violette (4). Et comme elles sont fondantes (2% par trimestre si elle n’a pas été dépensée), elles circulent plus vite et concourent à la création de plus de richesses que l’euro (3 fois plus en moyenne pour le SOL-Violette). Nous remplaçons ainsi la rareté de la monnaie au niveau local par sa rotation plus rapide.

La MLC et le revenu de base sont les ingrédients du défi que s’est lancé Frédéric Bosqué, entrepreneur humaniste, avec quelques utopistes réalistes pour revitaliser un territoire rural dans le Lot-et-Garonne (voir sur tera.coop). Aujourd’hui, l’expérimentation est suivie par un comité scientifique et s’articule sur 3 lieux : un espace de maraîchage bio et de production (de pain ou de menuiserie), un village où habitent la plupart des participants au projet et où ils ont ouvert une épicerie qui propose leur production et d’autres produits locaux, et enfin un quartier rural tourné vers l’éco-construction, la formation et l’éco-tourisme.

Après un apport d’argent en dons et subventions pour lancer la machine, l’objectif est de rémunérer dignement ceux qui prennent soin des communs (producteurs, services, gestion, maintenance…) au-dessus du seuil de pauvreté (presque 1000 euros en France). 5 personnes reçoivent déjà leurs revenus de façon inconditionnelle et durable grâce au circuit économique créé. Un cercle vertueux qui prend soin des humains comme de la nature… expérimentation à suivre de près et qui pourrait polliniser d’autres territoires !

La Monnaie Libre et le Dividende Universel

Ecartons tout de suite la cryptomonnaie que vous connaissez sans doute : le Bitcoin. Si sa création vient sans doute d’une volonté de se libérer du système actuel (elle échappe à toute imposition ou contrôle), son organisation et ses résultats en font un formidable outil pour blanchir de l’argent et enrichir les plus riches. En effet, comme elle est limitée, les premiers servis se sont enrichis et continuent sur le dos des derniers arrivés avec une spéculation et une inflation sans freins. De plus, non seulement cette monnaie ne participe par aux services publics (puisque non taxée), mais en plus son coût écologique est faramineux puisqu’il faut une énergie exponentielle pour assurer la sécurité du cryptage à travers des milliers d’ordinateurs qu’il faut en plus refroidir… un non-sens social comme écologique.

Découvrons plutôt la Monnaie Libre, inventée par un ingénieur français, Stéphane Laborde, suivant sa Théorie Relative de la Monnaie. Il s’agit aussi d’une cryptomonnaie mais dont la création est complètement décentralisée : elle est créée chaque jour pour chaque participant au réseau de confiance. Ainsi, juste parce qu’il existe, chacun.e reçoit chaque jour son Dividende Universel, de façon inconditionnelle, individuelle et automatique, indépendamment de sa situation professionnelle ou personnelle.

Avec le temps, les écarts de richesse se régulent naturellement et la croissance du réseau crée une inflation normale. Plus besoin de l’autorisation d’un organisme extérieur, de dette ni d’intérêts pour avoir suffisamment de monnaie pour échanger. Pas besoin non plus d’attendre une volonté politique locale ou nationale, le réseau existe déjà et s’enrichit des nouveaux arrivants. D’ailleurs, en cas de crash financier, il serait possible d’instaurer cette monnaie à grande échelle pour suppléer à la monnaie-dette qui nous conduit dans l’impasse, nous permettre d’échanger tout en sécurisant chacun.e. (5)

Pour conclure

Imaginons que la monnaie soit le sang de notre corps social, qui circule partout pour que les organes puissent échanger (de l’oxygène, des nutriments …) et assurer la vie de l’ensemble des cellules.

Dans le système actuel, nous devons emprunter notre sang à un agent extérieur qui nous en prend un peu plus à chaque fois que nous lui rendons. Ce qui fait que, progressivement, notre quantité de sang diminue. Comme si on dépendait d’une dialyse quotidienne avec, en plus, des sangsues partout. Surtout, la machine peut refuser n’importe quand de nous fournir des liquidités ou nous obliger à utiliser ce sang pour certaines fonctions de notre corps plutôt que d’autres, même de façon tragique et cancéreuse.

Avec un revenu de base financé par la monnaie hélicoptère, européenne ou nationale, pas de sangsues ni de conditions, mais on dépend encore de la machine qui nous dialyse, qui choisit la quantité de liquidités et sur laquelle nous avons peu de pouvoir démocratique.

Avec un revenu de base financé par une Monnaie Locale Citoyenne, on a notre propre usine interne pour faire fructifier le sang reçu : nous sommes toujours liés à la machine qui l’injecte mais nous pouvons choisir les fonctions à alimenter et développer notre potentiel localement.

Enfin, avec un revenu de base financé par la Monnaie Libre, chaque cellule crée le sang nécessaire à ses échanges avec les autres, l’utilise librement, donc avec plus de sécurité et de souveraineté, avec plus de fluidité 😉

A vous d’agir maintenant, en vous informant avec les sources ci-dessous, en vous engageant dans les actions et les collectifs qui agissent à ces différents projets… et en signant l’Initiative Citoyenne Européenne pour lancer des expérimentations en Europe : http://ice.mfrb.fr

Et retrouvez la carte des expérimentations passées et en cours sur https://framacarte.org/fr/map/experimentations-de-revenu-de-base_58126#6/51.000/2.000

Initiative citoyenne européenne

Signons l’initiative citoyenne européenne pour un revenu de base inconditionnel et suffisant, devenons une force politique et pesons sur les élections en France de 2021 et 2022 en tant que citoyens électeurs.

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